Derrière la vitrine

Une page Facebook c’est comme une vitrine de magasin… On y met les nouveautés, les meilleurs produits, tout ce qu’il y a de beau et d’alléchant, les éventuelles médailles et récompenses mais certainement pas les rouleaux de PQ, les produits périmés, ou le compte-rendu de son redressement fiscal. Tout ça reste dans l’arrière boutique.

Un article Facebook doit être simple, facilement compréhensible, court, et contenir des images… C’est une vitrine sans cesse renouvelée qui attire l’œil du passant et lui donne immédiatement envie d’entrer dans le magasin.

Ici vous avez dépassé le magasin, vous êtes dans l’arrière boutique! Là où l’on comprend ce qui se passe, comment ça fonctionne et le travail accompli pour faire « tourner le commerce » comme on dit!

Alors ici, dans nos articles longs et chiants, on déconstruit, on prend le temps d’expliquer, on montre la partie immergée de l’iceberg, on parle des épreuves et des difficultés, on essaye de couper court aux images d’Épinal. Celles d’une agriculture qui s’appellerait maintenant « permaculture », pratiquée sous un soleil chaleureux mais pas accablant, avec un chapeau de paille et un brin d’herbe dans la bouche, avec des clients qui arrivent en bicyclette à la ferme « tout est beau, tout est facile » et repartent avec le poireau qui dépasse du cabas, une agriculture d’autonomie qui se voudrait low-tech mais qui se partage surtout sur… Youtube et qui permet une abondance de … doigts dans l’œil.

Nous tâchons alors de rappeler que les exemples, mis en exergue dans les médias de la ferme bio de machin, l’éco-lieu de truc, le collectif de bidule, ce sont surtout des heures et des heures de travail, ce sont des projets difficiles à mener, des situations difficilement reproductibles car souvent issues d’un contexte ou d’opportunités très particulières, … Et n’oublions que ces projets restent (malheureusement) des gouttes d’eau dans un océan productiviste. L’agriculture n’est pas entrain de changer, le nombre de fermes et d’agriculteur-trices continuent de chuter, et l’industrie agroalimentaire et les supermarchés se portent à merveille, merci pour eux. Et malgré la vitrine que propose ces projets alternatifs, comme des arbres qui cachent la foret, et dont Hébé fait parti, nous vous proposons d’aller systématiquement gratter le vernis et de passer si possible dans l’arrière boutique de ces projets. Pour comprendre véritablement les enjeux, les difficultés, et de prendre les décisions adéquates pour qu’un vrai changement advienne.

Dans ces fermes où « la vie bonne est rarement la vie facile », il y a beaucoup d’épreuves et de sacrifices et même s’il y a une certaine satisfaction personnelle de devenir une sorte d’Homme ou de Femme Total-e (au sens Marxiste du terme) et de participer à rapprocher son métier de ses convictions, nous sommes témoins que parmi les collègues maraîcher-es, et pas seulement, il y a aussi beaucoup d’épuisement et de déception devant la charge de travail, le très faible revenu, et le manque de reconnaissance pour celles et ceux que l’on appelle maintenant les premiers de corvées. Non dénué-es de bonnes volontés, force est de constater que le pessimisme l’emporte parfois au fil des années et des sacrifices.

Un gars plutôt intéressant disait « Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté ». Aujourd’hui c’est ça avoir des convictions, c’est avancer malgré tout. Devant le désordre généralisé, la perte évidente de repères sociaux, philosophiques, voire scientifiques, le pessimisme envahit régulièrement nos esprits fatigués. Toutefois nous ne baissons pas les bras puisque le seul moyen d’exister est bel et bien de lutter pour les idéaux qui nous animent.

Ici nous continuerons de vous ouvrir notre arrière boutique, celle qui se cache derrière la vitrine et renferme nos secrets, nos difficultés, mais aussi ce qui nous fait tenir!

Le dernier mot à Arthur Cravant pour conclure sur un peu de poésie. Hébé, un projet poétique? Sans aucun doute. Car contre les rendements, l’efficacité, l’optimisation, les calculs, les normes et la mécanisation, symboles d’une vision industrialisée du travail, la poésie permet de nous maintenir sur le champ de la subjectivité, des idées, et des rêves…

« …moi à qui il suffit d’un air de violon pour me donner la rage de vivre; moi qui pourrais me tuer de plaisir; mourir d’amour pour toutes les femmes; qui pleure toutes les villes, je suis ici, parce que la vie n’a pas de solution ».

On n’a pas forcément les solutions mais s’il faut on vous jouera du violon!

Jean-Séb

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